Le Sentier du Fer de Pinsot     
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- Le mineur enseveli  (Texte relevé et traduit par J.-J.-A. Pilot)(1)

   Pierre le Vénérable (de son nom : Pierre, Marie de Montboissier, Auvergnat d'origine), prieur bénédictin de Domène, puis Abbé de Cluny de 1122 à 1156, rapporte dans son « Second Livre des Miracles » (Miraculorum libri duo) le miracle suivant :

   «
Il y a dans le diocèse de Grenoble un lieu riche en filons de mines de fer que les habitants et les gens de la campagne retirent à grande sueur, préparent et purifient dans des fourneaux, et vendent avec bénéfice, dans les environs, aux ouvriers qui travaillent sur le fer ou à tout autre.
   De là on a appelé Ferrière le lieu qu'habitent ces hommes.
   Ils ont coutume, guidés par l'espoir d'un plus grand gain et en fouillant et cherchant dans les entrailles de la terre, de trouver ainsi par un travail opiniâtre une plus grande quantité de fer.
   Pendant qu'un de ces campagnards, infatigable ouvrier, cherchait avec ardeur et pénétrait dans les entrailles du sol, tout à coup une énorme masse de terre s'étant éboulée, boucha l'ouverture par laquelle il était entré; toutefois, comme en fouillant il s'était avancé, et que la terre qu'il avait creusée laissait un grand espace derrière lui, il échappa à la mort et se trouva comme dans une maison fermée, derrière des remparts élevés de tous côtés, de sorte qu'il ne put plus sortir, restant cependant sain et sauf; mais, enfoncé dans l'obscurité d'une si ténébreuse prison, perdant tout espoir de se sauver et pour ainsi dire dans un vaste tombeau, il se regardait déjà mort quoique vivant encore.
   Après une attente de quelques jours, sa femme ne le voyant point revenir et le croyant mort, s'empressa de soulager son âme par des bienfaits spirituels. Pendant une année entière, chaque semaine, elle prit soin de venir en aide à l'âme de son mari qu'elle croyait défunt, par le sacrement salutaire, ainsi qu'il est d'usage dans l'Eglise, en faisant célébrer une messe pour lui par des prêtres, et offrant aussi pour lui un pain et un cierge.
   Il y eut néanmoins une semaine durant laquelle, distraite par d'autres affaires, elle négligea de présenter à la messe de son mari l'offrande ainsi qu'elle en avait fait voeu.
  Et voilà que l'année expirée, les mineurs occupés toujours, et sans relâche aucune, à extraire du métal, arrivèrent peu à peu, en fouillant, à l'endroit où le campagnard dont il a été parlé était enseveli, vivant encore. Ce dernier, entendant leurs voix et le bruit des marteaux qui approchaient, se mit à crier de toutes ses forces.
   Les autres, au son de cette voix et jugeant qu'elle venait d'un homme enseveli sous terre, s'excitèrent à creuser à l'envi, les uns les autres, et, après beaucoup de peine, parvinrent enfin vers lui. Ayant approché leurs lumières, ils l'entourèrent avec curiosité et reconnurent celui qu'ils savaient avoir été enseveli au même endroit, il y avait une année. Étonnés et presque stupéfaits, comme cela devait être, d'une chose aussi inouïe, ils le pressaient de leur dire comment il avait pu vivre là autant de temps; mais celui-ci répondit : Lorsque j'eus été renfermé dans la prison que vous voyez, après l'éboulement dont vous ne pûtes me dégager et qui boucha l'ouverture par laquelle j'étais entré, je restai quelques jours sans nourriture ni lumière, et j'étais déjà sur le point de défaillir quand tout-à-coup je vis arriver quelqu'un avec du pain et qui, avec un cierge qu'il tenait, remplit de clarté ces profondes ténèbres, et, me consolant, m'engagea à prendre de la nourriture. Nourri de ce pain et éclairé par ce cierge pendant sept ou huit jours, selon qu'il m'apparaissait, j'évitai ainsi de périr de faim et de rester plongé dans les ténèbres de cette caverne. Après sept ou huit jours, celui qui m'était apparu revenait avec un nouveau pain et un nouveau cierge, puis disparaissait aussi. Cela dura le cours d'une année, comme il me le paraissait, et à peu près par égal intervalle; il ne manqua jamais, excepté durant l'espace d'une semaine où je ne pus ni le voir, ni recevoir son présent accoutumé, je ne sais pour quelle raison. Dans ce moment j'étais tout fait exténué de faim et enfoncé dans les ténèbres, lorsque ce bienfaisant conservateur de ma vie reparut, et par le même secours me rendit la vie déjà bien prête s'éteindre.
   Les mineurs, après avoir entendu ces merveilles, se rappelèrent ce que sa femme avait fait pendant l'année, lui racontèrent le tout immédiatement; ensuite, le sortant de cette caverne souterraine, ils le rendirent en pleine vie, chose extraordinaire et après une sépulture d'une année, à sa femme, à ses voisins et au peuple accouru de toutes parts pour assister à un si étonnant spectacle. Ceux-ci s'étant réunis et ayant examiné avec attention ce que cet homme avait raconté, trouvèrent que le pain qui l'avait nourri et le cierge qui l'avait éclairé lui avaient été apportés dans son souterrain précisément les mêmes jours où sa femme faisait célébrer la messe pour son repos et offrait en même temps un pain et un cierge au prêtre qui célébrait cette messe. Alors tous, glorifiant le Seigneur et lui rendant ainsi qu'il était juste des actions grâce comme si un mort fut ressuscité, reconnurent clairement combien une foi droite plaît à Dieu; combien les offrandes des fidèles servent à soi-même ou aux autres, et combien surtout est salutaire le sacrifice du salut offert à Dieu par des mains dignes ».


REFERENCE:
(1) « Allevard et son Mandement » - J.-J.-A. Pilot (archiviste) - mai 1887 - Xavier Drevet, Editeur - Grenoble.

 

        

 


- Les Fayes et le Mineur  (Légende rapportée et adaptée par Georges Salamand)

   Dans la vallée du Haut Bréda des fées naines et maléfiques hantent les profondeurs de la terre, elles sont connues sous le nom de « fayes ».
   Elles choisissent un mineur précis pour proie, le charment en se montrant à lui seul, puis le retiennent à tout jamais sous terre à l'occasion de sa descente dans la fosse.
   Jadis, il y a plus de 150 ans, un mineur d'un hameau de Pinsot, tout jeune marié du samedi précédent à une fort jolie pinsotine, reprenait le lundi matin, le chemin de la fosse avec l'enthousiasme que l'on devine.
   Au moment où il allait passer le pont de Pinsot au milieu de la troupe de ses compagnons, ceux-ci le virent hagard et blême, hurlant que les fayes l'attendaient sur l'autre rive et que, s'il traversait, son compte était bon ... Gesticulant et claquant des dents de terreur, il rentra chez lui en courant se mettre au lit avec toute la tendre sollicitude de la jeune épousée. Le lendemain mardi, tout alla de même et la vision diabolique se renouvela comme la veille. Et, ainsi de suite pendant de nombreuses années, toute sortie de notre homme se révélait impossible.
   Tant et si bien que ce fut la jeune femme qui, ne voulant pas risquer de perdre un époux convoité par de très méchantes sorcières, le supplia de rester définitivement au lit ou à la maison et de ne plus ouvrir la porte pendant que, pleine de courage, elle partait labourer, biner, sarcler, piocher, faire du bois et s'occuper du bétail.
   L'histoire dit qu'il vécut fort longtemps et très heureux ...


 

        38580 PINSOT (Isère)         
  © Copyright Michel Raffin, texte et photos, tous droits réservés. 10.02.2017